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La chasse aux retraité-e-s continue !

Edition: 04-2026 Date: 01.05.2026

Thème: News, Sozialpolitik


Les retraités possèdent dix fois plus que les actifs. C’est la conclusion à laquelle sont parvenus des chercheurs. Seulement, leurs calculs sont erronés.

« Les ménages de retraités sont plus fortunés que les ménages en âge de travailler. » C’est ce qu’écrivent Marius Brülhart, Andreas Fuster, Isabel Z. Martinez et Falone Moseka dans le résumé de l’étude « Fortune et héritages en Suisse au XXIe siècle ». ». Les chercheurs de l’Université de Lausanne, de l’ETH et de l’EPFL affirment avoir découvert que « la valeur médiane du patrimoine des ménages âgés de plus de 65 ans est près de dix fois supérieure » à « celle des ménages âgés de moins de 65 ans ».

Dans cette étude, les auteurs fournissent des chiffres concrets pour l’année 2021, notamment pour Berne. À cette époque, les ménages composés de personnes de moins de 65 ans disposaient de 27’500 francs, tandis que ceux composés de retraités disposaient de 250’100 francs.

►Ces chiffres proviennent des administrations fiscales. Et c’est là que réside le problème.

L’argent du 3e pilier
En effet, le revenu imposable des personnes actives ne tient pas compte d’une part importante de leur patrimoine. C’est notamment le cas de l’argent placé dans le 3e pilier. En 2024, ces fonds s’élevaient à un total de 151 milliards de francs. Ils appartiennent aux actifs. Mais les actifs ne sont pas tenus de déclarer ces revenus. C’est pourquoi ils n’apparaissent ni dans les statistiques fiscales ni dans l’étude.

Mais à l’approche de la retraite, les gens doivent retirer leurs avoirs du 3e pilier – et les déclarer au fisc. C’est pourquoi ces fonds apparaissent soudainement dans les statistiques fiscales. Et tout à coup, le patrimoine augmente considérablement au moment de la retraite – du moins sur le papier. Pour un couple dont les deux membres ont toujours cotisé le montant maximal prévu pour les salariés, cela représente environ 500’000 francs.

Cela explique en partie les écarts de patrimoine entre les actifs et les retraités.

L’argent du 2e pilier
La situation n’est guère différente en ce qui concerne les avoirs des caisses de pension. De plus en plus de retraités ne perçoivent plus le capital du 2e pilier sous forme de rente, mais sous forme de capital. C’est ce que montrent les chiffres de l’Office fédéral de la statistique. Selon ces chiffres, 45 % des personnes ayant pris leur retraite en 2024 ont perçu la totalité de leur capital. 19 % supplémentaires ont demandé le versement d’une partie de leur avoir de caisse de pension sous forme de capital. Au total, cela représente donc 64 %. Selon l’Office fédéral de la statistique, les nouveaux retraités ont perçu au total 17,1 milliards de francs en 2024. L’Office précise : « Cela correspond à une moyenne de 280’210 francs par personne ». Il s’agit là aussi de fonds qui appartiennent certes aux actifs, mais qui n’apparaissent dans les statistiques fiscales qu’au moment d’un retrait de capital.

►Cela explique également en partie les écarts de patrimoine entre les actifs et les retraités.

En résumé, on peut dire que, grâce aux retraits de capital du 3e pilier et, le cas échéant, du 2e pilier, le patrimoine de la plupart des gens augmente considérablement entre 60 et 65 ans. Mais il ne s’agit pas là du patrimoine réel, mais uniquement du patrimoine imposable.

Pire qu’une comparaison entre des pommes et des poires
Marius Brülhart, coauteur de l’étude et professeur à l’Université de Lausanne, doit admettre, interrogé par Infosperber : « Ce qui nous intéresse, ce sont les patrimoines héréditaires ». Cette définition inclut les avoirs acquis au titre des 2e et 3e piliers, mais pas les droits à la retraite au titre des 1er et 2e piliers. Cela signifie que :

  • Dans cette étude, les fonds provenant des 2e et 3e piliers ne sont pas pris en compte dans le patrimoine des personnes actives.
  • Le patrimoine des retraités comprend toutefois les sommes perçues au titre des 2e et 3e piliers.

On ne peut même plus qualifier cela de comparaison entre des pommes et des poires.

Mais cette étude s’inscrit parfaitement dans l’air du temps. On y qualifie les personnes nées pendant le boom économique de « baby-boomers », les traitant d’égoïstes qui n’auraient pensé qu’à eux-mêmes lors des votations sur la 13ème rente AVS et sur la valeur locative.

Au siècle dernier
En collaboration avec les journaux Tamedia, la politologue Rahel Freiburghaus a inventé, après les deux votations, le mythe de la gérontocratie. Elle a ressorti une idée que le chanteur de rock dialectal Polo Hofer avait eue au siècle dernier : interdire le droit de vote aux personnes ayant atteint un certain âge.

Depuis le « oui » à la 13e rente AVS en mars 2024, de nombreux journalistes et politiciens s’en prennent aux personnes âgées aisées, qui ne se soucieraient, selon eux, que de leur propre portefeuille. Pour attiser davantage ce sentiment, une étude montrant à quel point les personnes âgées seraient riches tombe à point nommé, même si les chiffres sont erronés.

 Source : Infosperber / Marco Diener, 11 mars 2026

https://www.infosperber.ch