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L’imposition individuelle…

Edition: 02-2026-f Date: 22.02.2026

Thème: News

...un miroir aux alouettes et une attaque contre la justice sociale

Pourquoi l’imposition individuelle menace notre cohésion.

Dans un partenariat, se soutenir mutuellement représente pour moi bien plus qu’une simple profession de foi – c’est une promesse vécue au quotidien. Pourtant, ce qui nous est vendu comme un progrès moderne se révèle être un miroir aux alouettes antisocial qui met en péril notre cohésion sociale.

Cette réforme ne regarde que les chiffres, mais elle oublie la personne. Elle oublie l’individu qui, jour après jour, prend soin des autres avec dévouement. N’abandonne-t-on pas précisément celles et ceux qui constituent le fondement de la solidarité entre
les générations ?

Qu’il s’agisse de l’éducation des enfants, des soins aux parents ou du soutien mutuel dans la vie quotidienne : nous avons besoin d’un système qui reconnaisse l’engagement personnel de chacun. Nous ne devons laisser personne seul simplement parce que sa contribution au bien commun n’apparaît pas sur une fiche de salaire.

Il est temps de regarder la réalité derrière cette prétendue réforme. On tente de nous faire croire que l’imposition individuelle serait une étape décisive vers l’égalité des femmes, alors qu’en réalité il s’agit d’un projet profondément antisocial qui divise notre société.

Cette réforme n’a absolument rien à voir avec une véritable égalité, car elle ne regarde que l’échelle de carrière des personnes déjà privilégiées, en oubliant complètement les femmes qui constituent le socle de notre société.

Lorsque nous parlons d’égalité, nous devons nous demander de quelles femmes il est réellement question. Celle qui en profitera sera la cadre supérieure hautement rémunérée, qui vit déjà dans l’aisance et pourra réduire massivement sa charge fiscale grâce à la réforme. Mais qu’en est-il de la vendeuse qui passe toute la journée debout dans son magasin, de l’infirmière ou de l’agente
d’entretien ?

Dans un partenariat, se soutenir mutuellement signifie pour moi bien plus qu’une simple déclaration d’intention. C’est une promesse vécue qui se manifeste aussi dans la manière dont nous organisons nos finances et nous nous protégeons mutuellement. Si l’État commence désormais à considérer chaque individu de manière isolée, il punit en réalité la solidarité qui fait la force d’un bon mariage. Nous risquons de voir l’esprit communautaire passer toujours plus à l’arrière-plan et chacun ne penser qu’à son propre avantage. Or, une société composée uniquement d’individualistes perd son âme. Les femmes en particulier, qui se sont souvent consacrées avec tant de dévouement à l’éducation des enfants ou aux soins de proches, se voient confrontées à de nouveaux obstacles injustes à cause de cette réforme. C’est une politique qui méconnaît totalement la valeur du travail non rémunéré et du soin apporté aux êtres chers.

Ces femmes seront même désavantagées par la réforme. Pour elles, rien ne s’améliore dans leur dure réalité, bien au contraire : elles perdent le cadre protecteur de la famille en tant que communauté solidaire. C’est une véritable moquerie envers toutes les femmes, qui travaillent lorsqu’un système fiscal récompense celles et ceux qui ont déjà beaucoup et abandonne celles et ceux qui doivent compter chaque franc.

Il ne s’agit pas non plus d’une véritable liberté de choix lorsque l’État veut nous dicter comment nous organiser en tant que couple, car cette réforme constitue une attaque directe contre le budget familial commun et contre la manière dont nous gérons ensemble nos ressources. Nous devons donc défendre le système éprouvé du splitting fiscal, respectivement le tarif fiscal réduit pour les personnes mariées, que nous connaissons depuis des décennies et qui garantit que les couples mariés soient imposés en tant que communauté et que la responsabilité mutuelle soit également reconnue fiscalement. Si cela disparaît purement et simplement, le fondement de la solidarité conjugale sera sapé et un modèle qui a assuré la stabilité sera sacrifié à une idéologie radicale.

Cette réforme montre clairement que ce sont surtout les ménages à hauts revenus qui en profiteront, de sorte que celles et ceux qui ont déjà beaucoup seront encore davantage allégés, tandis que l’écart entre riches et pauvres continuera de se creuser. Alors que les très hauts revenus réaliseront d’importantes économies, toute la charge restera sur la classe moyenne, et les cantons tirent déjà la sonnette d’alarme, car cette réforme entraînera pour eux des milliards de pertes fiscales. Cet argent nous manquera demain partout : dans l’éducation de nos enfants, dans le soutien aux jeunes familles, dans les soins et l’accompagnement de nos aînés ou encore dans le développement des transports publics.
En outre, ce changement entraînera une véritable avalanche de bureaucratie. Au lieu d’une déclaration d’impôts commune, chacun devra désormais tout remplir séparément. Cela n’a rien à voir avec la liberté ; ce n’est que davantage de paperasse et de stress inutile pour les ménages.

Cette réforme constitue une redistribution massive du bas vers le haut, présentée sous le couvert de la modernisation. Elle détruit la solidarité intergénérationnelle pour laquelle nous nous sommes battus toute notre vie. Un État et une société ne fonctionnent que si nous nous soutenons mutuellement et partageons les charges. Or, l’imposition individuelle encourage un égoïsme radical. Elle ignore que les familles forment une communauté économique au sein de laquelle on se soutient mutuellement. Si nous sacrifions ce principe, nous mettons en danger la paix sociale.

C’est un miroir aux alouettes que l’on nous vend ici. Une véritable justice consisterait à renforcer le pouvoir d’achat des ménages modestes et non à financer des cadeaux fiscaux pour les riches. Nous ne devons pas permettre que la solidarité entre les générations et entre les classes sociales soit sacrifiée au profit d’une idéologie néolibérale.
Cette réforme n’est pas un progrès, c’est un recul vers une société du chacun pour soi, où seul l’intérêt personnel compte. Nous devons à nos enfants et petits-enfants de défendre un système qui ne laisse personne de côté et dans lequel le travail de la femme/de l’homme engagé(e) dans la famille et l’éducation des enfants est également valorisé. C’est l’avenir de notre société et il ne doit pas être désavantagé.

Car une véritable égalité ne s’obtient pas par des privilèges fiscaux accordés à quelques privilégiés, mais pour toutes et tous. Ce n’est que par une solidarité intergénérationnelle vécue, qui reconnaît et protège chaque femme – indépendamment de son compte en banque – que nous atteindrons l’égalité.

Un véritable progrès signifie que nous nous soutenons mutuellement – les jeunes pour les aînés, et chacun pour l’autre. Ce n’est qu’ainsi que notre monde restera humain.

Non à ce miroir aux alouettes ! Nous avons besoin de cohésion plutôt que de froideur sociale.

Jakob Hauri, délégué de la FARES au Conseil suisse des aînés, CSA
haurij@retired.ethz.ch