L’imposition individuelle…
Thème: Sozialpolitik
Une tromperie et une attaque contre la justice sociale !
Pourquoi l’imposition individuelle menace notre cohésion sociale.
Dans un partenariat, se soutenir mutuellement est pour moi bien plus qu’une simple déclaration d’intention – c’est une promesse vécue au quotidien. Or, ce qui nous est vendu comme un progrès moderne s’avère être une tromperie antisociale qui met en danger notre cohésion sociale.
Cette réforme ne regarde que les chiffres et oublie l’être humain. Elle ignore la personne qui, jour après jour, prend soin des autres avec dévouement. N’abandonne-t-on pas précisément celles et ceux qui constituent le fondement de la solidarité entre les
générations ?
Qu’il s’agisse de l’éducation des enfants, de la prise en charge des parents ou du soutien mutuel au quotidien : nous avons besoin d’un système qui reconnaisse l’engagement personnel de chacune et chacun. Nous ne devons laisser personne de côté simplement parce que sa contribution au bien commun n’apparaît pas sur une fiche de salaire.
Il est temps de regarder la réalité derrière cette prétendue réforme. On tente de nous faire croire que l’imposition individuelle serait une étape majeure vers l’égalité entre femmes et hommes, alors qu’il s’agit en vérité d’un projet profondément antisocial qui divise la société.
Cette réforme n’a absolument rien à voir avec une véritable égalité, car elle ne s’intéresse qu’à l’ascension professionnelle des personnes déjà privilégiées et oublie complètement les femmes qui constituent le socle de notre société.
Lorsque nous parlons d’égalité, nous devons nous demander de quelles femmes il est réellement question. La grande gagnante sera la cadre dirigeante bien rémunérée, qui vit déjà dans l’aisance et pourra réduire massivement sa charge fiscale grâce à cette réforme. Mais qu’en est-il de la vendeuse qui passe ses journées debout en magasin, de l’aide-soignante ou de l’agente de nettoyage ?
Dans un partenariat, se soutenir mutuellement est pour moi bien plus qu’un simple discours. C’est une promesse vécue, qui se reflète aussi dans la manière dont nous gérons nos finances et nous protégeons mutuellement. Si l’État commence à considérer chaque individu de manière isolée, il punit en réalité la solidarité qui fait la force d’un bon mariage. Nous risquons de voir le collectif passer toujours plus au second plan, chacun ne pensant plus qu’à son propre avantage. Or une société composée uniquement d’individualistes perd son âme. Ce sont surtout les femmes qui, avec beaucoup de cœur et d’engagement, se sont consacrées à l’éducation des enfants ou à la prise en charge de proches, qui se voient confrontées à de nouveaux obstacles injustes par cette réforme. C’est une politique qui méconnaît totalement la valeur du travail non rémunéré et de l’attention portée aux êtres chers.
Ces femmes sont même désavantagées par la réforme. Pour elles, rien ne s’améliore dans une réalité déjà difficile ; au contraire, elles perdent la protection que représente la famille en tant que communauté solidaire. C’est une véritable insulte à toutes les femmes qui travaillent lorsqu’un système fiscal récompense celles et ceux qui possèdent déjà beaucoup et abandonne celles et ceux qui doivent compter chaque franc.
Il ne s’agit pas non plus d’un véritable libre choix lorsque l’État veut nous dicter la manière dont nous devons nous organiser en tant que couple. Cette réforme constitue une attaque directe contre le budget familial commun et contre la manière dont nous gérons ensemble notre économie domestique.
Nous devons donc défendre le système éprouvé du splitting fiscal ou du tarif réduit pour les couples mariés, que nous connaissons depuis des décennies et qui garantit que les couples soient imposés en tant que communauté et que la responsabilité mutuelle soit également reconnue fiscalement. Si cela disparaît aujourd’hui, le fondement de la solidarité conjugale est sapé et un modèle qui a assuré la stabilité est sacrifié à une idéologie radicale.
Cette réforme montre clairement que ce sont avant tout les ménages à hauts revenus qui en profitent : ceux qui ont déjà beaucoup seront encore davantage allégés, tandis que l’écart entre riches et pauvres continuera de se creuser. Alors que les très hauts revenus réalisent d’importantes économies, la charge repose toujours davantage sur la classe moyenne. Dans le même temps, les cantons tirent déjà la sonnette d’alarme, car cette réforme leur ferait perdre des milliards de recettes fiscales. Cet argent manquera demain partout : dans l’éducation de nos enfants, le soutien aux jeunes familles, les soins et l’accompagnement de nos aînés ou encore le développement des transports publics.
De plus, ce changement entraînera une véritable explosion de la bureaucratie. Au lieu d’une déclaration fiscale commune, chacun devra désormais tout remplir individuellement. Cela n’a rien à voir avec la liberté : c’est simplement plus de paperasse et un stress inutile pour les ménages.
Cette réforme est une redistribution massive des bas vers les hauts revenus, dissimulée sous le vernis de la modernisation. Elle détruit la solidarité entre les générations pour laquelle nous nous sommes battus toute notre vie. Un État et une société ne fonctionnent que si nous nous soutenons mutuellement et partageons les charges. L’imposition individuelle encourage au contraire un égoïsme radical. Elle ignore le fait que les familles sont des communautés économiques fondées sur l’entraide. Sacrifier ce principe met en danger la paix sociale.
Il s’agit d’une tromperie. Une véritable justice consisterait à renforcer le pouvoir d’achat des ménages modestes plutôt qu’à financer des cadeaux fiscaux pour les plus riches. Nous ne devons pas permettre que la solidarité entre les générations et les classes sociales soit sacrifiée sur l’autel d’une idéologie néolibérale.
Cette réforme n’est pas un progrès, mais un retour en arrière vers une société de compétition où seul compte l’avantage personnel. Nous devons à nos enfants et petits-enfants de défendre un système qui ne laisse personne de côté et dans lequel le travail des femmes et des hommes engagés dans la famille et la garde des enfants est reconnu et valorisé. C’est l’avenir de notre société, et il ne doit pas être pénalisé.
Car la véritable égalité ne se construit pas par des privilèges fiscaux accordés à quelques personnes déjà favorisées, mais pour toutes et tous. Seule une solidarité intergénérationnelle vécue, qui reconnaît et protège chaque femme – indépendamment de son compte en banque – permet d’atteindre l’égalité.
Le véritable progrès consiste à se soutenir mutuellement – les jeunes pour les aînés, et chacun pour l’autre. C’est ainsi seulement que notre monde restera humain.
Non à cette tromperie ! Nous avons besoin de cohésion, pas de froideur sociale.
Jakob Hauri, délégué de la FARES au Conseil suisse des aînés (CSA)