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Quand les chiffres contredisent les opinions…

Date: 25.01.2026

Thème: News

...la démocratie ne s’informe pas toute seule !


L’idée selon laquelle « 200 francs suffisent » pour garantir un service de radiodiffusion digne de ce pays est une illusion. Elle ressemble à une formule rassurante, promettant des économies indolores. Mais il suffit de regarder les données – et non les impressions – pour comprendre que derrière cette affirmation, il n’y a pas une réforme, mais un véritable démantèlement. L’initiative priverait la SSR d’environ 850 millions de francs, soit près de la moitié de son budget.

VASOS / FARES est une organisation faîtière nationale assumant des tâches de coordination pour les organisations de seniors et d’entraide. Elle représente 24 organisations nationales, cantonales et régionales, regroupant plus de 130 000 membres ainsi que d’autres associations. VASOS / FARES se considère comme la voix des personnes âgées et défend leurs intérêts dans le cadre des débats et décisions publics et politiques. Pour ces raisons, le comité de VASOS / FARES s’oppose résolument à cette initiative, qu’il juge dangereuse pour les générations âgées.

Selon une analyse d’impact économique de l’Office fédéral de la communication, qui évalue les effets directs, indirects et induits sur l’emploi, une telle réduction mettrait en danger plus de
3 000 emplois, entraînerait la centralisation de nombreuses fonctions, la fermeture de rédactions en périphérie et une réduction drastique de l’offre régionale. Il ne s’agit pas de propagande de la SSR, mais d’une projection indépendante. Présenter cette coupe comme une « augmentation de l’efficacité » revient à travestir la réalité. Il ne s’agit pas d’alléger une entreprise, mais de lui retirer les moyens nécessaires pour garantir une information indépendante et conforme aux règles de déontologie journalistique.

Il est légitime de débattre de l’utilisation des ressources, et personne ne prétend que la SSR ne puisse pas s’améliorer. Mais alors que le slogan « 200 francs » est mis en avant, la SSR a déjà réalisé d’importantes économies – 270 millions d’ici 2029, à la suite de la réduction de la redevance à 300 francs décidée par le Conseil fédéral – et procède à une réorganisation en profondeur de sa structure (projet « En avant »).

Ignorer ces faits revient à présenter une image faussée aux citoyennes et citoyens. La Suisse réelle n’est pas un marché homogène. C’est une géographie de différences qui ne devient une communauté que lorsque quelqu’un en raconte l’histoire. Pour les régions périphériques et les minorités linguistiques, comme le Tessin ou les Grisons, la SSR remplit précisément cette mission dans le cadre de son mandat. Il ne s’agit pas d’un « service de niche », mais d’une institution culturelle, linguistique et démocratique qui permet aux minorités de rester parties prenantes du dialogue national et de maintenir un lien vivant avec leur langue et leur culture. Le marché, à lui seul, ne garantirait pas cela.

Déléguer ce rôle à des plateformes globales n’est pas une alternative, mais une erreur. Les algorithmes ne produisent pas de journalisme local, ne suivent pas la politique cantonale, n’investissent pas dans la culture et n’assurent pas la continuité de l’information en cas d’urgence. Affirmer que « ceux qui veulent s’informer peuvent le faire en ligne » confond un droit démocratique avec une part d’audience. Et pour une large partie de la population – en particulier les personnes âgées, qui ne sont pas nécessairement numérisées – la radio et la télévision de service public restent un accès quotidien indispensable à l’actualité. Une réduction massive du service public revient à détruire un lien qui unit les générations et les régions.

On peut discuter de tout, sauf de l’essentiel : réduire la SSR à un problème purement comptable, c’est méconnaître la logique même du système suisse. « 200 francs suffisent » sonne, en réalité, plutôt bien. Mais pour quoi faire ?

Pour servir des « clients » plutôt que des citoyens. Certainement pas pour préserver une nation multilingue, informée et consciente d’elle-même comme communauté politique.

Nous pouvons choisir de payer moins et nous sentir malins pendant une journée. Mais nous devons être conscients d’une chose : cette perte nous coûterait cher pendant des générations.

Janvier 2026
Daniel Burckhardt, membre du comité FARES
Vice-président de l’ATTE (Associazione Ticinese Terza Età)