Quand les chiffres démentent les opinions…
Thème: News
...la démocratie ne s’informe pas toute seule
L’idée selon laquelle « 200 francs suffisent » pour garantir un service de radiodiffusion digne de ce pays est diffusée avec légèreté.
Elle ressemble presque à une formule rassurante, promettant des économies indolores. Mais il suffit de regarder les données – et non les impressions – pour comprendre que derrière cette affirmation ne se cache aucune réforme, mais bien un véritable démantèlement. L’initiative retirerait à la SSR environ 850 millions de francs, soit près de la moitié de son budget
VASOS / FARES est une organisation faîtière nationale assumant des tâches de coordination pour les organisations de seniors et d’entraide. Elle représente 24 organisations nationales, cantonales et régionales, regroupant environ 130 000 membres ainsi que des dizaines d’autres associations et fédérations. VASOS / FARES se considère comme la voix des personnes âgées et défend leurs intérêts dans le cadre des débats et décisions publics et politiques. Pour ces raisons, le comité de VASOS / FARES s’oppose fermement à cette initiative, qui est dangereuse pour les générations âgées.
Selon les analyses d’impact économique réalisées par BAK Economics pour l’Office fédéral de la communication, évaluant les effets directs, indirects et induits sur l’emploi, une telle coupe mettrait en danger plus de 3 000 emplois, entraînerait la centralisation de nombreuses fonctions, la fermeture de rédactions en périphérie et une réduction drastique de l’offre régionale. Il ne s’agit pas de propagande de la SSR, mais d’une prévision indépendante. Présenter cette réduction comme un « gain d’efficacité » revient à déformer la réalité. Il ne s’agit pas d’alléger une entreprise, mais de lui retirer les moyens nécessaires pour garantir une information indépendante et conforme aux règles déontologiques de la profession. Les mêmes règles que les diffuseurs de fake news contournent avec facilité.
Il est légitime de discuter de l’utilisation des ressources, et personne ne prétend que la SSR ne peut pas s’améliorer. Mais alors que l’on fait campagne avec le slogan « 200 francs suffisent », la SSR a déjà réalisé d’importantes économies – 270 millions d’ici 2029, suite à la baisse de la redevance à 300 francs décidée par le Conseil fédéral – et elle réorganise en profondeur sa structure (projet « En avant »).
Ignorer ces faits revient à donner aux citoyen·ne·s une image déformée. La Suisse réelle n’est pas un marché homogène. C’est une géographie de différences qui ne devient une communauté que lorsque quelqu’un en raconte l’histoire. Pour les régions périphériques et les minorités linguistiques, comme le Tessin ou les Grisons, la SSR remplit précisément cette fonction dans le cadre de son mandat. Il ne s’agit pas d’un « service de niche », mais d’une institution culturelle, linguistique et démocratique, qui permet aux minorités de rester partie prenante du dialogue national et de maintenir un lien vivant avec leur langue et leur culture. Le marché, à lui seul, ne garantirait pas cela.
Déléguer ce rôle à des plateformes globales n’est pas une alternative, mais une erreur. Les algorithmes et la logique du marché ne produisent pas de journalisme local, ne suivent pas la politique cantonale, n’investissent pas dans la culture et ne garantissent pas la continuité de l’information en cas de crise. Affirmer que « celles et ceux qui veulent s’informer peuvent le faire en ligne » confond un droit démocratique avec une audience. Et pour une grande partie de la population – en particulier les personnes âgées, qui ne sont pas nécessairement numérisées – la radio et la télévision de service public restent un accès quotidien indispensable à l’information. Une réduction profonde du service public revient à détruire un lien qui unit les générations et les régions.
On peut discuter de tout, sauf de l’essentiel : réduire la SSR à un problème comptable, c’est méconnaître la logique même du système suisse. « 200 francs suffisent » sonne peut-être bien. Mais pour quoi faire ? Pour servir des « client·e·s » plutôt que des citoyen·ne·s ? Certainement pas pour préserver une nation multilingue, informée et consciente d’elle-même en tant que communauté politique.
Affaiblir le service public n’est pas une économie : c’est accepter une Suisse muette, isolée et fragile. Et dans le silence, une démocratie s’affaiblit. Nous pouvons choisir de payer moins et de nous sentir malins pendant une journée. Mais soyons lucides : la perte de notre voix nous coûtera cher pendant des générations.
Daniel Burckhardt, membre du comité de la VASOS/FARES et vice-président de l’ATTE