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Trop vieux pour la société ?

Edition: 02-2026-f Date: 22.02.2026

Thème: Generationendialog

Quand l’âgisme marque la Suisse !

La Constitution fédérale interdit la discrimination liée à l’âge – mais la réalité quotidienne raconte une autre histoire.

En Suisse, une personne discriminée sur six l’est en raison de son âge. Pourtant, le sujet reste étonnamment discret sur le plan politique et médiatique. Les organisations de seniors tirent aujourd’hui la sonnette d’alarme et réclament des mesures concrètes. Car l’âgisme ne concerne pas seulement les personnes âgées – il nous concerne toutes et tous.

L’article 8 de la Constitution fédérale place la discrimination liée à l’âge au même niveau que celle fondée sur le sexe ou l’origine. Pourtant, de nombreuses personnes en Suisse en font l’expérience au quotidien. Selon l’Office fédéral de la statistique, 15 % des personnes discriminées déclarent l’avoir été en raison de leur âge – nettement plus qu’en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Certes, la nationalité et la langue demeurent les principaux motifs de discrimination, mais l’âgisme est loin d’être un phénomène marginal.

La Fédération des associations des retraitées, retraités et de l’entraide en Suisse (FARES) refuse désormais de fermer les yeux. Par le biais d’une pétition, elle exige un plan d’action national contre la discrimination liée à l’âge. Près de 18000 signatures ont déjà été recueillies. Pour Esther Waeber-Kalbermatten, coprésidente du Conseil suisse des aînés, ce n’est qu’un début : courriers de lecteurs, travail de lobbying et actions publiques doivent permettre de faire enfin entrer la question à l’agenda politique. Car à Berne, le sujet suscite encore peu d’intérêt – l’âgisme n’est pas considéré comme prioritaire.

Les conséquences sont pourtant bien concrètes. Passé 55 ans, l’accès au marché du travail devient difficile, même avec de l’expérience et de solides qualifications. Les personnes âgées sont également désavantagées dans la recherche d’un logement ou l’obtention d’un prêt hypothécaire. À cela s’ajoutent des primes d’assurance-maladie plus élevées et un climat social qui associe trop souvent l’âge à une charge plutôt qu’à une compétence. La manière dont les statistiques sont établies pose aussi problème : les personnes de plus de 65 ans sont fréquemment regroupées en une seule catégorie, alors que leurs réalités de vie sont très diverses.

Le gérontologue genevois Hans Peter Graf  met en garde contre une banalisation de l’âgisme. Celui-ci est rarement nommé comme tel, notamment parce que de nombreuses personnes concernées intériorisent les préjugés sociaux ou ne se considèrent pas comme « vieilles ». Par ailleurs, souligne-t-il, les stéréotypes liés à l’âge touchent aussi les jeunes, notamment lors de leur entrée sur le marché du travail. L’âgisme n’est pas une question de génération, mais un problème structurel.

Une loi spécifique pourrait contribuer à faire évoluer les mentalités et à enclencher des changements concrets – comme cela a été le cas pour l’égalité des personnes en situation de handicap. Pour Esther Waeber-Kalbermatten, une chose est certaine : une société diverse ne peut fonctionner que si toutes les catégories d’âge sont respectées. Et une majorité de la population serait prête à soutenir une meilleure protection contre la discrimination liée à l’âge.

Source : écho Magazine, No 1 1er JANVIER 2026, Jérôme Favra

Esther Waber-Kalbermatten, FARES, Co-présidente CSA
Hans Peter Graf-Junod, FARES, délégué au CSA